An almost complete version of our story

09 décembre 2019

[Chapter 1]

(3eme jour)
Le 3eme jour tous les plans ont changé de direction. Ma vie a changé de direction. J'étais venue pour un week-end, je suis repartie pour une vie. [...] Nous aurions plus de temps à passer à Genève, l'idée de passer la frontière à vélo m'excitait. De passer la frontière n'importe comment d'ailleurs. On est allées au téléphérique du Salève, c'était cool. Elle m'a dit que le gars avec qui elle avait fait du canoë pouvait éventuellement venir nous voir. Le soleil baissait, je lui ai dit que si elle voulait voir le soleil couchant à Genève, il fallait bouger. Quand j'y repense, ça me fait bien chier d'ailleurs, parce que je voulais voir le soleil se coucher vu d'en haut du Salève, je pense que ça aurait été tellement plus beau. Mais bon, whatever, on part de là haut, on pédale quelques minutes, puis la pédale de Sofia lâche. Je m'occupe de sa pédale. Le soleil se couche. Il n'en reste plus grand chose. On repart de plus belle. Sofia a une autre crampe. On attend. Dix minutes. Le soleil a totalement disparu. Je reste de marbre parce que si je laisse transparaître une seule émotion ça ne pourra pas être la bonne. On repart mollement. On arrive au jet. Il est beau, majestueux, gigantesque. Les appartements, les maisons, les arbres, toute cette verdure, ce silence, tout est beau, tout est majestueux. Je prends tous ces détails en pleine face, j'en oublie le soleil, le lac, je me dis seulement que je veux pas repartir d'ici. Les gens sont calmes, les vélos électriques, les voitures électriques. Tout est vert. On arrive au jet. Premier contact avec le lac. L'eau la plus pure que j'ai vu sous mes yeux. Des cygnes majestueux. Cette eau enchanteresse. Si seulement on avait pu arriver plus tôt. J'aurais tellement voulu me baigner. 
On prend des photos, on repart. Il fait nuit. On croise un stand de peintures gravées. Je suis hypnotisée. Les prix aussi sont hypnotisant. On continue. La fatigue commence à faire surface. Je lui dis qu'on va continuer droit devant le long du lac jusqu'à trouver un endroit. Elle me dit que le fameux pote va peut être venir. Pendant qu'elle textote je répare mon phare avant, je fais des tours et des tours avec mon vélo, puis je monte sur un cheval qui parait être en fer. Un solide grand cheval. Il est gelé. Je suis en short, le métal est tellement dense qu'il ne se réchauffe pas à mon contact. Je suis rapidement gelée jusqu'à l'os. La descente de ce cheval me rappelle mon genou hésitant. La suite des évènements me dira que c'était une tendinite sur laquelle je pédalais. Je lui dis bon, on se casse. Elle me dit il est là dans 15min. Elle me dit aussi sinon tant pis je lui dis que c'est mort.
Donc le type a fait 1h de route, il est à 15min et on se casse gaiement?
Je le connais pas mais je suis pas d'accord. Je suis pas d'accord par respect de cette personne, mais en même temps je rage. Je lui dis mais, on va faire quoi avec lui? On va boire un coup? T'as envie de ca toi? Il va nous parler de la pluie et du beau temps?
Elle me redit viens on s'en va. Je dis non. On va attendre, 9 chemin des mines. Toute une histoire.
Je mange ma fin de sandwich au saumon. Je lui demande quelle est sa voiture. Elle sait pas. Elle cherche dans les photos et trouve une photo où il est de dos et son coffre grand ouvert. Étonnamment je reconnais une C3. Jamais vu de trop près une C3 mais enfin. C'est pas evident de reconnaître une caisse avec le coffre ouvert.
On attend. Il arrive.
Je suis fatiguée, je n'y prête pas trop attention. J'aime le son de sa voix. J'aime son accent. J'aime ce qu'il dit. Il est drôle. Mais je suis fatiguée et je ne le regarde qu'à peine. Je roule une clope. On décide de laisser les vélos à Genève. On part dans sa caisse 2 places, Sofia devant et moi derrière, dans le coffre. Je m'endors rapidement. À mon réveil je rage de pas voir la route, le paysage. Tout ce que je vois c'est cette pastille contre les éoliennes. Elle m'interpelle. On arrive 30min après mon réveil, environ, il fait noir et je ne vois pas ma montre.
On arrive. On se douche. On dort.
Le lendemain matin au réveil je regarde les trains. Je finis par me lever. Je sors de cette chambre et notre hôte est là, dans le couloir. Je suis choquée par ses yeux. Je reste là ce qui me parait 1h. En réalité je ne sais même pas si je me suis seulement arrêtée. Ses yeux verts, ou bleus, infinis. Je tombe dedans, je me sens aspirée. Je coupe vite le contact mais je suis sonnée, je ne sais pas si je suis allée au salon ou dans la chambre après ça. C'est assez flou. À un moment on se retrouve à table. Il parle. Il parle et il serait normal que je le regarde. J'ai toutes les difficultés du monde à le regarder. Je suis à côté de Sofia, il est en face d'elle, un peu de moi, je fuis du regard la plupart du temps. Comme face au soleil, j'ai besoin que mes yeux s'habituent. On prend notre petit dej. Je suis ultra distraite. Absorbée par ses paroles. Tout ce qu'il dit me traverse, me transperce. J'ai vaguement conscience que Sofia est juste là. A partir de là je vais me contrôler jusqu'à la dernière minute de ce chapitre, pour que malgré tout ce qui me foudroie, rien ne transparaisse, que personne ne se doute de rien. Surtout Philippe. Surtout Sofia. En fait peu importe, personne ne doit savoir. Je lock tout ça inside et je m'apprête à vivre de doux moments, cachée bien au fond de moi même, en spectatrice. Il parle pas mal, il me fait rire, ce ptit dèj devient insupportable, j'ai besoin de prendre l'air. Je termine en vitesse mon ptit dej, je roule une clope et je sors fumer. Je la fume en entier. Je suis pas prête à rentrer. Je sais que je ne vais pas le lâcher du regard. Je sais que je vais avoir un air stupide à l'écouter. Je prends le risque. Je l'écoute, je l'ingère, par tous les pores de ma peau; par pitié ne t'arrêtes pas de parler. Il est là, il est beau, il est brillant, il est fou, il est taquin, je ne sais plus comment réagir. Je ne réagis plus. Je fixe cette télé derrière moi, je fais de vagues commentaires, je ne suis plus là. J'ai quitté mon enveloppe de chair, je regarde cette scène, je suis juste soufflée par la déflagration que Philippe vient de créer dans mon cerveau, dans mon coeur. Je n'ai plus aucun contrôle sur la situation. Je subis, et en même temps c'est délicieux. C'est terriblement délicieux. Comment vais je pouvoir seulement y survivre?
La réalité aidant, on part pour Genève. La voiture ne démarre pas. Cette même voiture qui cette même nuit a avalé presque 3h d'autoroute, là, comme ça, ne marche plus. Rien. Que dalle. Je suis assise sur le siège passager de cette C3 dans laquelle jusqu'alors je n'ai jamais été passagère légale, et la réalité s'impose à nous: la voiture ne démarrera pas. Malgré les différents essais. On rentre dans l'appart. Je joue du piano. Le temps passe et Philippe ne revient pas, ce qui veut dire que la voiture ne démarre pas. J'arrete de jouer. Je rejoins Sofia sur le canapé, je lui dis qu'il va falloir qu'on parte de toute façon, on a un train le lendemain matin. L'idée même de partir et de le laisser là me paralyse. Elle est plus forte réellement que le fait de rater ce train, que de rater le travail. Je n'arrive pas à me faire à l'idée que son absence pourrait commencer là maintenant. 
Il finit par revenir, la voiture ne démarre pas. Une de nous deux lui dit qu'on va devoir partir anyway, je crois que c'est Sofia. Je me retrouve dans ce même couloir. Face à lui. Même sens. Différente lumière. Il est là, et des mots tombent de ma bouche sans préméditation aucune, les voilà sortis, envolés, entendus. 'Tu viens avec nous?' ma bouche lui demande. Comment n'aurais-je pas pu? Aurais je pu abandonner aussi facilement?
Mais bien entendu, non. Là où mon cerveau avait réussi à se taire, mon corps a parlé, discrètement.
Viendras tu?
Viendras tu mon ami? 
Viendras tu mon amour?
Car je sens déjà le gouffre béant du manque de Toi, du manque de ta voix, de ta présence, de ton visage. Je ne te connais pas, je ne sais rien de toi, mais je sais déjà que je ne pourrais pas te laisser là derrière, je sais que cette journée n'aurais plus aucun sens si tu la quittais si prématurément. Je te le demande mais au fond de moi je te supplie, laisse moi la chance de te connaître, juste un peu plus, juste encore un petit peu. Laisse moi goûter à cette immonde et délicieux parfum d'espoir que ta proximité crée en moi. Laisse moi voir tes yeux, tes yeux aux mille expressions, qui attisent en moi tous les feux jamais vus.
Laisse moi juste une seconde. Je sens que je suis proche de la folie, alors par pitié, laisse moi m'ennivrer à en devenir folle, parce que je sens que je vais y trouver toutes les merveilles du monde.

Philippe est là. En réalité cet instant ne dure pas plus de 5 secondes. Il est là, et il dit.. euh.. ouais! Sur un ton de oui pourquoi pas after all?

On s'en va. Le tramway, le soleil. Sa proximité.  Dans la gare de Bâle je me surprends à avoir des pensées aléatoires. Je le vois à côté de Sofia, je me suis éloignée. Je le vois là avec elle et je vois son corps. Sa taille, les proportions de son corps, sa posture, tout me parle. Tout est là pour me séduire, il ne le sait même pas, il ne le fait même pas exprès, mais chacune de ses décisions, aussi minimes soient elles, me plaisent, m'attirent, m'attisent. Il est là, de dos, et j'ai envie de le serrer contre moi. J'ai besoin de sentir son corps faire pression contre le mien. Evidemment je m'abstiens, et je reviens d'un pas nonchalent vers eux, comme si de rien était, l'air probablement encore plus désinteressé que s'il s'agissait de quelqu'un qui ne m'interessait vraiment pas.
On décide de prendre un covoiturage, qui arrive dans 1h. On va au shop à côté prendre à boire et à manger. Le caissier me demande mon ID, doutant du fait que j'aie bien plus de 18 ans. PM, j'ai 29 ans dans ce chapitre.
Nous voilà au parc. Je sais que c'est la fin. Je panique. Je lis mes notes de voyages. Il rit. Il rit quand c'est pas drôle, il est plein de cette douceur naïve qui finit de m'achever. Je le regarde rigoler, et au fond de moi ne reste qu'une question: qui est cet homme?
Qui est-il mon dieu? Dois je réellement rentrer? Lui dire au revoir? Lui faire la bise? 
La vie me regarde tendrement et me dit oui, pars, ce n'est pas fini, pars maintenant, ce n'était que l'introduction, tu vas voir tout ce que j'ai mis en place pour vous. Montre moi que tu peux partir, montre lui que tu peux partir, l'histoire n'en sera que plus délicieuse.
Je pars. C'est terrible. Dans la voiture je confie à ma belle soeur que Philippe est 'gentil' et 'mignon'. Je ne peux pas lui dire je viens de tomber amoureuse de cet être de lumière, je me contente de ça. Je me sens pleine comme un ballon de baudruche rempli d'eau. Je me sens comme ça, avec une fuite, je sens déjà que je ne vais pouvoir m'empêcher de fuir encore, que tout ce que je retiens doit s'écouler, que si je n'écoule pas tous ces sentiments, je vais finir par exploser, et tout le monde saura tout. On longe le lac Léman pendant des années. Je me sens anéantie, parce que je n'écoute pas la vie, je m'écoute moi, et moi, je panique. Je l'aime. Peu importe les choses raisonables de la vie, je ne suis pas raisonable, je m'en contrefous en fait, je l'aime.
Bien entendu pendant cette longue chute dans les entrailles de la terre, mon ami la culpabilité me tient fermement à bord. Il me répète: quand même, t'es mariée, t'as une maison, t'as un fils. Quand même, t'es mariée, hey ho! T'es mariée!

Je passerai ce chapitre peu utile de la culpabilité.
Il est long, mais finalement ne contient rien d'autres que des mots vides de sens.

C'est ainsi que ce chapitre se termine. La voiture s'est éloignée, l'étrange inconnu s'en va seul, le bruit reprend le dessus, les voitures, le parc, le Starbucks, les voitures. La vie a terminé son premier acte, elle est un peu essouflée, elle ne sait pas encore si elle a pris la meilleure direction dans son script.
La vie continue son petit chemin, laissant deux humains poursuivre un chemin qu'elle vient de modifier à jamais.

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10 décembre 2019

[Chapter 2]

La vie m'embarque, je trouve. J'ai atteint un stade de ma vie, qui je pense est l'introduction au burn out. Au fond de moi je sais que c'est temporaire, mais aussi que je n'aurais pas tenu comme ça. J'ai le sentiment permanent que mes journées contiennent mille vies, je les subis plus ou moins, et voila, c'est l'heure de dormir et de recommencer. C'est ainsi que je m'engouffre à nouveau dans cette vie après mon retour de Suisse. Je suis vidée. Je récupère Stan, je prétends reprendre ma vie, mais je ne trouve pas mes marques, je retourne comme dans la vie d'une autre.
Ce trip, aussi pitoyable fusse t-il, tout ce qui l'a composé, m'ont comme réanimée, un peu, j'ai un sentiment de mal être assez dégueulasse, je veux pas repartir là dedans, et en même temps je m'y accroche désespérément, j'ai besoin de m'y accrocher si je veux passer à autre chose, si je veux que Philippe ne soit plus qu'un détail. Pourrais-je y arriver? La question ne se pose pas, je dois y arriver, après tout, je suis mariée, n'est ce pas?
Je reprends le boulot. Je raconte tout à Marlène. Réellement le trip c'est 10% de l'histoire, le reste c'est Philippe. Je lui décris ce moment dans le couloir, elle a les larmes aux yeux. C'est le coup de foudre, me dit-elle. 
Puis elle me pose la question qui changera tout.

Mais, t'es heureuse dans ta vie?

Je n'ai aucune réponse à lui fournir.
Ce qui est en soi une réponse.

Je reste là, vidée. Je comprends extrêmement clairement que je dois mettre fin à cette douce mascarade, il est temps de quitter le costume. Je n'ai pas essayé de devenir la mère de famille, et de toute façon je n'aurais pas réussi. La matinée se passe tant bien que mal et au fond de moi des choses se mettent en place. Tout est flou, je ne sais pas par où commencer. Je sais que je veux agir et sortir de là mais réellement j'ai le sentiment de ne pas avoir les moyens. 
Midi arrive. Philippe Engeldinger vous a invité en ami.
Le temps s'arrête. 
Je dois préciser que jusque là j'ai vécu cette expérience de manière très solitaire. Je viens de le raconter à Marlène mais réellement c'est comme si elle n'était même pas arrivée. Tout ce que je me suis dit tout le long, c'est qu'en fait je ne sais pas ce que pense Philippe, et ce que je pense à moitié, c'est qu'il veut Sofia.
Mais il m'a ajoutée.

Est ce que ça a un sens ou absolument pas?

Aucune réflexion possible, j'accepte. Il me demande si j'ai écrit la suite dans le carnet. On ne s'échange que peu de messages, pour moi Messenger c'est le lieu où mon ex se promène sans aucune limites, on doit partir de là. On passe par messages. Je crache le morceau, je lui dis que je ne serai pas capable de parler de la pluie et du beau temps avec lui parce que je suis tombée raide dingue de lui. J'envoie ça, en gros, au pif. Soit il devient fou et me dégage de sa vie, avec en option "raconter ça à Sofia", soit il est comme moi, et alors.. Alors quoi? En fait ça, je suis pas prête.
C'est dommage de pas être prête, parce que c'est ce qu'il me dit. 
Tout va si vite. C'est ridicule. Il veut m'appeler. Moi je suis en mode frein, genre attends, je suis mariée gars, même si au fond de moi j'y crois pas. Je connais ma situation maritale, je sais que je suis pas mariée dans mon coeur, et ça, ça change tout. Je suis même carrément divorcée dans mon coeur.
Je l'appelle. 
Sa voix. 
Son accent.
Mon coeur bat la chamade, sa voix provoque des choses terribles en moi.
On finit par s'appeler à toutes mes pauses, à tous mes trous, même 2min, on prend tout. Au 3eme jour je lui dis de venir. Il pense que je blague. Le soir je suis déçue. Il est frustré de ne pas avoir saisi. Je pars demain, me dit-il.
La journée est interminable pour chacun de nous. Lui conduit, moi j'attends.
Il arrive et je lui propose à boire, la panique en fait. Il me prend dans ses bras. Je ne suis pas à l'aise, c'est ce que je veux mais je ne connais pas ce corps, je suis en territoire ennemi, je ne sais pas réagir. C'est la panique. On finit par se parler, se toucher, s'aimer, officiellement. On s'aime sous nos yeux. Pendant une semaine Philippe va dormir dans la C3. La douce C3. On va se voir, sur le parking, entre deux moments, on essaye. On consomme au mieux, mais c'est difficile. L'apogée arrive un samedi, qu'on passe quasiment totalement ensemble. Il repart en Suisse.
Deux jours après il repart aux USA. Je ne sais pas quoi penser. Je m'enferme dans ma tête. Ca va durer deux mois. Je savais que je ne pourrais pas tenir sans subir. Je ne suis pas prête à subir alors je disparais, je laisse mon corps continuer sa routine, mais je ne peux pas accepter qu'il soit reparti, qu'il soit reparti aussi vite, je ne peux pas supporter qu'il soit absent, que je ne le toucherai plus. Combien de temps? J'ai 6 mois en tête. L'horreur.
On s'appelle quand on peut. On y trouve une routine quotidienne. J'aime le voir, j'aime l'entendre, mais en meme temps ça me détruit. Je ne me vois pas faire ça 6 mois, en même temps je sais bien que je ne le laisserai pas tomber. C'est terrible.
Six heures de décalage, une autre vie, un autre monde.
Pendant deux mois on va avoir des discussions, tellement variées, tellement profondes, tellement muettes parfois. Les conversations sont longues, complexes, complètes. Je n'ai jamais été aidée par les pensées de quelqu'un, voilà une donne qui change. Ses idées, sa façon de penser, tout m'aide, tout m'apprend. On passe plusieurs nuits au téléphone, la plupart du temps je tombe de fatigue, mais on reste ensemble, les appels sont interminables. Dix huit heures d'appel une fois. Puis un jour le message arrive: j'ai pris les billets. Ca y est, c'est concret, il y a une date de fin de calvaire.
Il revient, avec Julie. Mardi 2 Décembre 2019. Il revient chez son père. Le cauchemar prend fin. Le décompte des jours se termine enfin. Je vais le voir, je vais le toucher.
Je pars un mercredi. Je roule 10heures. Je suis épuisée. 
Puis il est là, réel, palpable.
Je le reconnais mais en même temps la sensation est tellement bizarre. Deux mois qu'on apprend à se connaitre dans les détails, mais sans les mouvements naturels, sans le contact de la peau. Nos visages sont plats depuis 2 mois, et là.. et bien là, c'est la réalité.
Sa chaleur, ses yeux, tout redevient rapidement normal, exceptionnel. Je l'aime, je le sais, c'est encore finalement léger par rapport à l'ampleur que prendront mes sentiments dans les jours qui suivent, mais mes sentiments sont déjà extraordinaires. On finit par remonter dans ma voiture, nous en bas du village, il fait très froid, il m'amène chez son père.
Je suis terrorisée à l'idée de sortir de la voiture, rencontrer son père, mais surtout, rencontrer sa fille. Je ne suis pas prête. Elle me déteste, comment va t-elle réagir? Et son père? Comment sont-ils? Trop de questions, trop de peurs. Mais je finis par descendre.
Je descends, derrière Philippe, il passe la porte.
Je le suis.
C'est alors qu'a commencé le week-end le plus improbable que j'aurais pu imaginer.

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12 décembre 2019

[Chapter 3]

Voilà la porte passée. C'est grand. C'est ouvert. Ca sent le bois brûlé. Philippe dit un truc, j'entends pas, j'entends seulement "Lucky you"; j'en déduis qu'il a du me dire que tout le monde est couché. Mais son père est là. Je suis totalement déphasée, j'ai plus vraiment d'énergie pour stresser. Il est là, il me parle, j'en ai forcément aucun souvenir. J'essaie de répondre correctement sans avoir l'air trop con. Je veux juste me retrouver seule avec Philippe. Je veux juste me serrer contre lui et regarder le monde d'un air qui dirait "foutez-nous la paix pour toujours". En fait je suis épuisée, pas du tout prête à faire la conversation, ou à dire quoi que ce soit qui pourrait animer les neuronnes de qui que ce soit. Je me suis pliée rapidement à l'exercice sans conviction, sans souvenir. On a du monter assez vite je pense? Je pense qu'on a du fumer une clope en bas avant.

Ce premier soir tout allait assez bien, j'étais épuisée, je ne me souviens de pas grand chose. Il me semble m'être étalée sur le lit voire même endormie, en travers du lit, habillée. Je me souviens avoir rêvé de Julie sur ce court instant de sommeil. 
Ca m'arrive assez souvent de dormir quelques secondes, minutes, et de faire un rêve aussi clair que la réalité. Si seulement j'avais la moindre idée de la réalité, comparée à mes rêves utopiques! A ce moment là j'étais encore baignée de rêves merveilleux. L'idée que Julie puisse me détester, au fond ce n'était que des mots.
J'ai mal dormi, le lit est horrible, mais j'ai attribué mon mal de dos aux 10heures de voiture. Je n'ai compris que vers la fin que c'était le lit lui même qui me tuait.
Le lendemain matin est finalement arrivé. J'ai voulu voir dehors, mais il n'y avait rien à voir. Un bout de jardin et un mur blanc. Cette maison se trouvait donc au beau milieu d'un nuage!
Of course not. Juste un triste temps d'Automne. Le premier jour je n'ai pas vu Julie. J'ai essayé, prétextant vouloir en savoir plus sur un problème de Maths. Je suis montée, terrorisée, toquer à sa porte. Pas de réponse. J'ai ouvert. Personne. La salle de bains étant fermée, je me suis dit qu'elle était aux toilettes. Même tentative 10min plus tard. Meme résultat. J'ai appris un peu plus tard qu'elle se cachait dans la penderie. Ca m'a sciée. Quelle personne pense t-elle que je suis pour vouloir se cacher de moi? Pour vouloir tant fuir la situation? J'ai appris encore plus tard que c'est de son père qu'elle se cachait. Ce qui aurait tout changé à ce moment là, mais je ne l'ai su que 2 jours après. J'étais au plus mal. J'essayais de rester un minimum sociale, mais sa réaction m'avait séchée. "Tu t'attendais pas à ce qu'elle te saute dans les bras quand même?" Que me dit son grand père. Tu parles, c'était mon rêve de la nuit dernière! Non bien sur que non, mais je m'attendais pas non plus à avoir le sentiment d'être la pire chose que l'univers ait chié.
La journée s'est passée d'une façon ou d'une autre, je ne m'en souviens pas non plus. Le lendemain je n'ai presque pas vu Julie non plus. En fait j'étais avec Philippe, on avait tant de choses à rattraper, des choses stupides comme dormir ensemble, exister dans une même pièce.. finalement cette journée là aussi est passée. Patrice m'a posé des questions, il voulait me connaitre, c'est bien normal, mais moi je ne pensais qu'à cette petite personne là haut qui me fuyait. Je suis pas habituée à être l'ennemie de qui que ce soit, et elle était la dernière personne pour qui je voulais l'être. 19h30/20h, nous étions sur le lit, le père de Philippe toque pour nous dire que la petite est sortie ya 45 min et qu'elle n'est toujours pas revenue. Une longue soirée de recherche et d'angoisse a commencé. Il faisait -2. Il faisait pas un temps à être dehors en pyjama. J'ai fini par vouloir partir, mais son père m'a dit de pas rentrer dans son jeu. Je m'en foutais de je sais pas quel jeu, je voulais juste qu'elle rentre et qu'elle soit safe. A un moment j'étais assise sur l'accoudoir du fauteuil à côté du feu. Je regardais le feu, j'arrêtais pas de me dire qu'il fallait appeler les flics. Puis un bruit de porte, 3h30 après son départ. Je l'ai regardée. Elle m'a regardée. Je voyais la peur dans ses yeux, je n'attendais que la colère, elle n'est pas venue. J'ai détourné les yeux. Elle a disparu dans sa chambre. J'avais enfin vu, aussi fugacement cela soit-il, Julie. 

Le lendemain on est allés à Avallon, acheter un pull, des goujères, du jus. On a fini par rentrer. Au moment du repas Philippe est allé parler à Julie, puis a essayé de la faire manger avec nous. Philippe est apparu, puis les jambes de Julie. Elle est remontée, mais pour moi c'était extraordinaire. Elle n'a pas pu mais elle allait le faire. Ma bouche me joue des tours encore et parle avant même de m'avoir consultée "Ca change tout". Patrice "hein?", ce qui me fait réaliser que j'ai parlé à voix haute. Je lui dis que même si elle y arrive pas, elle a essayé, et ça change tout. J'ai la gorge serrée et les larmes aux yeux, j'essaie d'avoir l'air détendue, au cas où il comprendrait que je suis sur le point de chialer sur ses carottes. Mais Philippe n'abandonne pas, parce que c'est pas lui, n'est ce pas, Julie finit face à moi. Les yeux baissés. Difficile de déterminer qui est le plus mal à l'aise, qui a le plus envie de partir en courant. Je suis contente et en meme temps ses yeux baissés me blessent. Le repas se termine vite, c'est une victoire. L'après midi je décide de lui parler. Il le faut. Je pars demain, partir comme ça, ça serait le plus ridicule des échecs. Il me faudra 30minutes au moins avant de réussir à prendre la poignée et y aller. Et encore, elle m'attendait. Y a pas d'âge pour se chier dessus. Ya des moments comme ça où on sait que l'histoire va être écrite, juste là, et qu'il n'y aura pas de 2ème chance. 
Heureusement Philippe est là. D'une façon ou d'une autre il me dit des choses, ou il ne dit rien, à des moments qui me font effet. D'une façon ou d'une autre je passe cette porte. Je passe la tete en fait; je lui demande si je peux rentrer. Elle me dit oui. Elle est là, debout, près de son lit. Elle regarde par terre. How the fuck am I gonna start this fucking conversation when I wasnt even able to pass the stupid door? Le silence s'installe. Pas trop. Je lui parle. Je chuchote en fait. Aucun souvenir de la conversation. Je reste là je pense 20min au moins. Je lui explique qu'on est presque dans le même sac, que je lui veux pas de mal, que je veux qu'elle ait sa place dans ma vie, même si elle me déteste. Im just asking her to give me a chance to prove Im not the ennemy. Elle est plus réceptive que ce que je pensais. Elle me regarde, des fois, elle me répond. Elle répond à tout ce que je lui demande. Elle ne répond pas toujours de suite, mais elle répond. Elle choisit ses mots, mais ils sont sincères, et je les attendrai 5min chacun s'il le faut.
Finalement le point commun entre Philippe et Julie, c'est que nos premières conversations ont été complexes et longues. Y a pas vraiment eu de "Salut ça va?" de "apprenons à se connaître". Dans les deux cas c'est rentré direct dans le lard, dans le plus dur. Philippe il s'est agit de lui dire que j'étais raide dingue de lui, tout en étant mariée, loin, bref, tous les problèmes du monde; Julie il s'est agit d'avoir une conversation longue et poussée qui ne m'arrive déjà pas dans ma vie, même avec des gens que je connais depuis des années. En fait c'était la première fois que j'avais ce genre de conversation, j'ai pu avoir des choses semblables, mais c'était à l'écrit, où je suis nettement plus à l'aise que quand je dois utiliser ce trou en dessous de mon nez qui s'agite frénétiquement et avec lequel je ne suis pas toujours d'accord.
Je lui ai demandé en cours de route si elle voulait que je parte, si elle voulait que je la laisse tranquille. Elle a fait non de la tête. J'ai continué. Quand il m'a semblé avoir tout dit je lui ai demandé si elle voulait dire autre chose, il me semble qu'elle a rajouté quelque chose. J'ai redemandé ensuite, c'était ok. Je lui ai demandé si elle voulait qu'on fasse un truc ensemble, elle a fait oui de la tête.
Je suis sortie de là totalement déphasée, contente, mais perturbée.
On est allés tous les trois à la grotte. Ca grimpait, c'était couvert de feuilles mouillées, je suis restée derrière Julie pendant la montée. On a trouvé la grotte, on est restés un peu, il faisait nuit noire. A la descente c'était nettement plus complexe, les feuilles mouillées, ça descendait dru, je me suis mise devant Julie, dans l'ensemble Philippe traçait devant avec ses grandes papattes. A un moment y avait un endroit un peu chaud, sans trop d'arbres auxquels s'accrocher. Je me suis avancée, j'ai calé mes pieds, j'ai tendu la main vers Julie. Ouais avec le recul je reconnais que c'était reckless. Si c'était moi à 14ans, j'aurais dit "non c'est bon". Mais elle a pris ma main, je l'ai aidée en lui tenant le bras et en la faisant descendre devant moi, elle s'est laissée aidée. C'était cool. 
Au retour on a croisé un gentil chien. Un type qui mange les enfants aussi qui m'éblouissait comme un con avec sa lampe. En rentrant, Julie a filé à la douche, je me suis demandé si elle avait bien ou mal vécu ce moment. Elle est redescendue manger des crêpes et elle en a mangé quelques unes, donc je pars du principe qu'au moins, ça ne lui a pas coupé l'appétit.
Le lendemain je suis partie vers 15h30. Je devais lui dire au revoir, mais comment? J'ai essayé de pas trop réfléchir, sans quoi j'aurais encore hésité pour passer la porte. Elle faisait sa gym. Je lui ai dit que je partais. Je lui ai demandé si je pouvais lui faire un câlin, elle a dit oui. On s'est fait un câlin. Je lui ai dit que je lui achetais son PC mais que j'avais rien sur moi, que je lui donnerai la prochaine fois, qui serait a priori dans pas longtemps.. Ceci glissé, je suis partie.

Pendant ces quelques jours, mes sentiments envers Philippe ont explosés. Ils se sont multipliés, renforcés, sans aucune limite. Je l'ai vu avec son père, je l'ai vu avec sa fille, ça avait quelque chose de magique que de le voir dans des situations où il ne réagit pas comme il réagit avec moi. Je l'ai aimé pour tout ce qu'il a fait et dit. Ca parait drôlement bateau et gnangnan dit comme ça mais damn je peux pas le dire autrement. Les mots ici une limite terrible, comparé à ce que j'ai ressenti. Il est comme à mi chemin entre l'ado et l'adulte. Pas assez chiant pour être adulte, assez mature pour pas être ado. C'est peut être là où je me situe aussi, en tout cas, c'est l'endroit où je souhaite rester. 

Le départ a été terriblement dur. Pourtant je savais que je le revoyais dans 5 jours (demain à l'heure où je tape!!!). Le voir physiquement juste là alors que j'allais partir, et que je pouvais encore le voir et le toucher.. J'ai fini par y aller mais avec un sentiment assez terrible de ne pas faire ce que je voulais faire. Bien sur, on ne peut pas toujours. J'ai arrêté de penser pendant quelques dizaines de minutes. Sur l'autoroute j'ai appelé mon père, j'avais un mal de ventre terrible à cette idée, mais j'arrêtais pas de me dire que si j'avais pu passer la porte de Julie, je pouvais appeler mon père. Il m'a demandé ce que je voulais manger samedi. Samedi j'amène Stan à Carca pour faire Noel avec mon père samedi et ma mère dimanche. Je lui dis ouais en fait je t'appelle parce que je voudrais te parler d'autre chose.. Il me dit qu'il me rappelle quand il arrive au district. Cinq nouvelles minutes de stress intense. Comment lui dire? En fait je ne suis pas prête. Mais il rappelle. Je dois l'être. Je n'arrive pas. Il me demande: Bon, tu veux me dire quoi? Je suis à deux doigts de lui dire non rien laisse tomber je te rappelle. Sauf qu'on est dimanche, et je veux lui parler de Philippe, de samedi. J'ai aucun délai. Je commence par "En fait j'ai rencontré quelqu'un il y a quelques mois.." après, vagues souvenirs. Il me dit au bout d'un moment bon, de toute façon on en parlera samedi! Je lui dis ben justement, il sera là ce week-end avec moi. C'est pour savoir si tu préfères qu'on se voit une autre fois ou si ça te dérange pas et qu'on maintienne le repas. Il répond immédiatement: non ben on a qu'à se voir une autre fois! Ca me sèche, je fais comme si de rien n'était, mais j'ai du mal. Il réagit en direct en fait, je sens que je l'ai pris de court et qu'il improvise. Il me dit que je devrais passer prendre les jouet pour Stan du coup. Je lui demande instantanément: mais tu veux que je vienne seule ou je peux venir avec? Ah non tu peux moi je m'en fous!
Je bloque. Donc visiblement il veut pas manger avec mais en même temps ça lui va que je vienne avec. Nonsense. Il me dit qu'on prendra le café. Je raccroche un peu refroidie mais en même temps je me dis que ça aurait pu être pire.
Donc demain Philippe rencontre ma mère. Samedi mon père.
C'est tellement étrange. 
Vivement.

Posté par Doud_the_girave à 00:25 - Commentaires [0] - Permalien [#]